Guillemette Brajeux-Geli

LA FAUTE-AUX-GRAPHIES

guillemettebg@orange.fr

Dans la pratique quotidienne de l’image, l’appareil photo tient lieu de fixateur de mémoire. Photographier, c’est vouloir retenir ce qui nous entoure, un lieu, un instant, tout en sachant qu’il va falloir s’en détacher. C’est une consommation anticipée pour plus tard, le moment sans. Cette attitude considère que la photographie contient quelque chose de notre réel, voire comme le remplaçant. Et par là, on la tient comme représentation fidèle.

Pourtant, emportées loin de leur contexte, les images semblent être soumises au même sort que la mémoire: l’oubli et la résurgence de détails sans leur décor. Une série de photographies ne constitue qu’une trame très diffuse des événements. Si diffuse qu’elle pourrait même modifier l’histoire par ses ellipses. Comme lorsque l’on se souvient d’une voix sans qu’il nous soit possible de mettre un nom, un visage dessus. Comme la mémoire, la photographie comprend ses lacunes qui occultent la réalité. Le réel s’échappe donc derrière son image, disparaît malgré nous. A trop regarder l’image, on ne voit que l’absence du sujet. Ces photographies de l’affect ont donc une force à la fois trop évidente, nous remémorer des souvenirs, mais aussi cette trahison, de ne pas nous les livrer vraiment. Et malgré cette déception, l’attirance pour ces photographies persiste.

Alors il faut être conquérant de ces images. La photographie peut alors devenir le terrain d’exercice du désir. Elle doit être transformée en plus qu’elle même. En manipulant la photo comme matériau, je l’amène dans la dimension du réel, du palpable, ignorant le sujet disparu. Elle quitte le règne de la pure image intouchable. En détruisant la photo, une autre image se construit. Le sujet reste disparu mais l’image, elle, est saisie. Le travail d’exploration mentale de la photo est manifesté plastiquement. C’est une nouvelle habitation de celle-ci. Une image, faîte à base de photographie, mais qui est autre. Elle participe du champ de la photographie mais s’en échappe à la fois. Attaquer la photographie c’est rendre l’absence productive. Et lorsque la photo perd sa figuration elle perd sa visibilité au profit d’une vision plastique et d’un saisissement de la mémoire.

Parcours :

2014 Programme postgraduate de Management Mode, Design et Luxe, IFM, Paris
2013 DSAA, Mode et Environnement - Ecole Duperré, Paris
2011 BTS Design de mode et environnement, option textile, matériaux et surfaces - Ecole Duperré, Paris
2009 Mise à niveau en Art Appliqués - Ecole Duperré, Paris