Rachel Altabas

Démesure des mesures

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Mesurer c’est quantifier, en déterminant des dimensions envisagées comme normales. La mesure me demande de le tempérance, de la retenue. Elle est l’élement rassurant qui permet de se construire. Je ne peux la remettre en cause d’un point de vue scientifique, puisqu’elle est le médium me permettant de saisir le réel. En terme de morale, il m’est impossible de m’y opposer, elle est la barrière qui empêche les perversions. La mesure m’est difficile, dès qu’elle se détache de ces valeurs. Elle m’apparaît comme contestable dès que je me pose la question de sa légitimité. Je m’aperçois dans ce cas qu’elle m’oblige à respecter un cadre subjectif, entraînant un enfermement dans des cases, desquelles il ne faut surtout pas déborder. Comme si la limite était interdite à franchir. Le coloriage d’enfance en est une illustration. C’est un dessin cerné, auquel il faut appliquer de la couleur, « sans dépasser » les contours. S’affranchir de la case par un laisser faire du geste est vécu comme une erreur à ne surtout pas commettre. Il me semble que l’on nous amène dès le début à ne pas être en-deçà ni au-delà de ces mesures. L’ennui me prend soudainement d’être tributaire de ces règles qui n’ont d’existence que de par leur simple autorité sans bienfondé ou nécessité. Je les déplace, renverse, manipule, de sorte qu’elles ne tiennent jamais dans un cadre précis. Ma mesure est dynamique. Elle se défait et se refait. Elle se démesure sans cesse.

Je déborde dépassant la mesure du début. La dérive qui en découle est ma nouvelle mesure.

Elle m’impose de nouveau le cadre. Une palette aux contours rigides. Je suis face à des délimitations strictes et solides. Une fois de plus je suis assujettie à la mesure. Frontalité d’un objet-frontière à ne pas transgresser. Je suis dans un premier temps immobile devant cet espaceclôture des possibles. Lasse, d’être une fois de plus consignée à rester statique, là où il n’y a que de la coercition, qui m’empêche la distinction. Je me sens enfermée dans la peau d’un simple agent qui se conforme à la structure qui l’entoure. Je tourne en rond, épuisée d’avoir trop fait le tour. J’ai un besoin de détour.