Hélène Vergnes

Je ralentirai vos pas

2 juin 2010 (...) Pénélope. Figure amie, tu portes la juste mesure du temps. Tu redistribues les secondes par le tempo de ton ouvrage. Tu entraves ma course folle à l’autre, tu racontes mes heures - par des gestes lents. (...)

29 septembre 2010 (...) Travailler la matière brute, c’est faire l’expérience de la lenteur dans la production. Au-delà de la rapidité du geste, au- delà de promptes réponses, se développe un corps à corps avec le
durable, le presque immobile. (...)

6 novembre 2010 (...) Je souhaite traduire la lenteur par une marche lente. Ma production se concentre sur la marche, c’est-à-dire sur des objets qui s’articulent autour du pied et de l’action de marcher. J’obtiens ainsi des éléments hybrides, entre le revêtement de sol et la chaussure, entre la scénographie et l’objet. (...)

4 janvier 2010 (...) Cela fait quinze jours que je ne produis plus. J’ai besoin de lire. J’ai besoin de temps. C’est terrible, tant de pages et peu de jours. De mes yeux repousser le soir. (...)

21 février 2011 (...) L’appartement est dévasté. La résine a percé le polystyrène ; elle répand sa nappe acide sur le parquet. Les moules ont cédé et le béton, trop liquide, dégobille du sable sur de grandes étendues de papier déchiré. Il pleut dehors et la chambre transpire d’odeurs chimiques. Rien ne sèchera aujourd’hui. (...)

5 mars 2011 (...) Associer l’objet à un danseur. Faire de l’objet un danseur. Des présences parallèles. Je souhaite présenter un univers, dans lequel différents volumes suggèrent des attitudes, des mouvements de lenteur. (...)

17 avril 2011 (...) je revendique de devoir me tourner vers autrui pour avancer, de laisser intervenir des idées autres que les miennes dans mon projet. Pour échanger, pour qu’il y ait de la résonance, pour marcher quelquefois d’un pas commun. Un pas de deux. Un duo. (...)

25 avril 2011 (...) La dangerosité des pièces - leur poids, leurs découpes cassantes, leur matériau parfois rugueux - participe aussi à l’entrecoupement de la marche: le déplacement devient précautionneux et lent, ponctué peut-être de séquences immobiles, propices à la perpétuelle réorganisation du corps. (...)

1 mai 2011 (...) Mes pièces de ciment, de bois, de métal vous épaulent, vous font du pied. Elles vous retiennent, vous contrarient, vous font céder. Courbes capricieuses. Contre vous, avec et anti vous.
Ce n’est plus du discours c’est de la matière. Le ciment est doux - vous avancez votre pied. La courbe vous saisit jusqu’à rompre la course. À pas ralentis déjà vous dansez. (...)